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JUILLET-AOÛT 2017 - ELAN N°112
JUILLET-AOÛT 2017 - ELAN N°112
LES AUTRES HÔPITAUX LAONNOIS
Outre l’hôtel-Dieu, d’autres établissements laonnois prodiguent des
soins et accueillent charitablement. Au sein de la ville, la maison
Saint-Nicolas-des-Pauvres reçoit les étudiants pauvres et étrangers
venus suivre l’enseignement dispensé à l’école cathédrale. Après sa
fermeture au XIIIe siècle, ses locaux sont occupés par des chanoines
réguliers du Val-des-Écoliers, dans l’actuelle rue Vinchon.
Un autre petit hôpital, dédié à saint Julien, est attesté en 1235.
Construit près de la fontaine de Bousson, en dessous de la porte
d’Ardon, il accueille probablement les voyageurs de passage mais
disparaît dès la fin du Moyen Âge.
Les faubourgs abritent également des fondations à vocation
hospitalière. Isolée pour des raisons sanitaires, la maladrerie de La
Neuville est fondée par l’évêque Barthélemy de Jur en 1122. Tout au
long du Moyen Âge, elle héberge les lépreux reclus, laissant ensuite
la place aux cisterciennes de Montreuil-en-Thiérache venues à Laon
pour fuir les guerres au milieu du XVIIe siècle.
Attesté dans le quartier de Vaux en 1290, l’hôpital Saint-Fiacre
accueille malades et pèlerins en route pour Corbeny ou Liesse. En
1668, cet hôpital disparaît et ses biens sont rattachés à ceux du tout
jeune hôpital général.
L’hôpital général est une institution destinée au départ à lutter contre
la pauvreté, la mendicité et le vagabondage dans le cadre de la
politique de « grand renfermement ». On y trouve des orphelins et des
L’HÔTEL-DIEU
À Laon, la tradition hospitalière remonte au Haut Moyen Âge
puisqu’un hôpital relevant de la cathédrale est attesté dès le X
e
siècle.
Ce premier établissement qui accueille les pauvres était situé dans
l’actuelle rue Clerjot, près de l’ancienne abbaye Notre-Dame-Saint-
Jean (actuelle préfecture).
Les chanoines entreprennent la construction d’un deuxième hôtel-
Dieu dans les années 1160, au sud de la cathédrale, contre
l’église Saint-Remi-à-la-Porte-du-Cloître qui lui sert de chapelle. Il est
bâti sur deux niveaux, dans un style purement gothique. L’étage
inférieur, voûté d’ogives retombant sur de puissantes colonnes, est
doté d’un puits. Cet espace semi-enterré (actuelle salle Bernard
de Clairvaux) abrite pour la nuit pauvres, mendiants et pèlerins.
À l’étage supérieur, vingt-cinq lits environ accueillent une cinquantaine
de malades : dans les hôpitaux médiévaux, on dort fréquemment à
deux par lits. Les parois sont décorées de peintures et percées de
niches. Les murs méridionaux sont ouverts à chaque niveau par six
baies en arc brisé et rythmés par des contreforts séparant les travées.
LAON D’HIER
ET D’AUJOURD’HUI
Mais l’étroitesse des locaux, l’humidité et la relative pénombre due
à la concentration de nombreuses constructions voisines obligent les
chanoines à envisager la construction d’un nouvel hôtel-Dieu dès
1209, censé être plus spacieux et plus confortable, au nord-ouest
de la cathédrale. Une lente politique d’acquisitions de terrains et de
maisons aussitôt démolies permet d’ériger ce nouvel établissement.
Achevé en 1273, il est doté d’une vaste salle des malades, d’une autre
plus petite destinée aux pauvres et d’une chapelle. L’entrée se fait au
sud par la rue Veschef (actuelle rue Serurier), près de l’apothicairerie ;
la cuisine et le réfectoire sont situés au Nord. Le portail Saint-Nicaise
ouvert au nord de la cathédrale offre aux chanoines un accès direct
à cet hôtel-Dieu. Plusieurs travaux interviennent sous Louis XIV :
construction d’une salle pour femmes (1679) et agrandissement de la
chapelle (1684). Si le personnel soignant est mixte au Moyen Âge,
une réforme intervenue en 1526 confie le service aux malades à des
religieuses. En 1652, interdiction leur est faite de dispenser des soins
en ville. En 1789, on compte 18 sœurs et 7 domestiques, pour une
soixantaine de lits.
vagabonds que l’on met au travail. Créé par lettres royales de Louis
XIV en 1668, sa construction ne débute qu’en 1677 sous la direction
de Jean Marest, maçon et architecte-voyer de la ville. Les travaux
s’étalent sur une dizaine d’années : la chapelle ouverte sur l’actuelle
rue du 13-Octobre-1918 est achevée en 1679 et la manufacture en
1680. Entre 1684 et 1687, l’aile nord et le début de l’aile ouest
sont construits. L’architecte Van Cléemputte clôt le quadrilatère en
achevant l’aile ouest et en érigeant l’aile sud en 1842, cette date
figurant encore sur le fronton de l’entrée méridionale.
LES HÔPITAUX
AU LENDEMAIN DE LA RÉVOLUTION
La Révolution française bouleverse le paysage hospitalier laonnois.
Les religieuses de l’hôtel-Dieu doivent prêter serment de fidélité à la
constitution civile ou partir, certaines sont même emprisonnées. En
1794, l’hôtel-Dieu est débaptisé pour s’appeler « maison d’Humanité »
puis « hôpital des malades ».
HÔPITAUX ET HOSPITALITÉ À LAON
Jean-Christophe Dumain
- Société historique de l’Aisne
Credits photographiques : Archives dépatementales de l’Aisne.
Réf : FRAD00226_03772 - FRAD00226_04185 - FRAD00226_04047
La Révolution provoque aussi l’évacuation de l’abbaye Saint-Martin
pour laisser place à une caserne, puis dès 1792 à un hôpital
militaire qui accueillera jusqu’à 1 500 malades. À leur arrivée, les
malades militaires sont dirigés vers des salles particulières selon leurs
maux : salle des Vénériens, salle des Galleux. D’autres salles sont
rebaptisées selon une thématique propre à cette époque : « salle de
la République », « salle des sans Culottes », « salle de la Liberté »,
« salle de la Convention »… Mais faute d’aménagements suffisants,
les bâtiments sont évacués à l’automne 1796.
En avril 1803, l’ancienne abbaye Saint-Martin est affectée à
l’administration des hospices civils de Laon pour y accueillir l’hôtel-
Dieu qui était encore sur la place Aubry. Les locaux abbatiaux sont
restaurés et adaptés à l’accueil des malades, un soin tout particulier
étant apporté à l’espace et à l’aération. Ce transfert opéré en 1811
se fait à la condition que 80 lits soient réservés à des militaires,
volonté respectée puisque des militaires y sont encore soignés dans
les années 1940. L’hôtel-Dieu quitte ainsi définitivement le quartier de
la cathédrale après plus de six siècles de présence.
Si le deuxième hôtel-Dieu accueille aujourd’hui l’office de tourisme du
pays de Laon, le troisième a connu plusieurs affectations au cours du
XIXe siècle (locaux scolaires, arsenal, remise à pompe à incendie…)
avant d’être démoli en 1929 pour laisser place au marché couvert
construit par Charles Abella. Aujourd’hui, la Maison des Arts et
Loisirs occupe cet espace. Quant aux bâtiments de l’hôpital général,
ils accueillent désormais la résidence César d’Estrées, du nom de
l’évêque à l’origine de sa création.
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